Cecilia Breuil

Localisé à Paris, France.
Membre depuis le: 23/08/2015

A propos de Cecilia Breuil

SCULPTURES D’AVEUGLES - DIVAGATIONS ORGANISÉES AUTOUR DES ŒUVRES DE CÉCILIA BREUIL
Par Ana Bordenave, 2015

Il y a là quelque chose d’étrange. Une incompréhension, au premier abord, devant des formes à la fois poreuses et hermétiques au regard du spectateur. Un peu d’humour quelques fois. Un peu de mystère sans doute. Une forme sur laquelle accrocher son regard. Des courbes autour desquelles l’esprit se donne le droit d’errer, de voyager, de ne rien dire. Voilà des formes qui semblent ne rien à voir avec l’esprit. C’est le corps qu’on y entend, la chair même de l’artiste, et l’on aurait aimé être ce corps lorsqu’il donna de la sensualité à la matière. Cécilia Breuil nomme ces œuvres « Paysages Pour Aveugles ».

Paysages ? Je ne sais pas. Pour aveugles ? Oui, sans doute, car ce qui compte ici, c’est le geste, la ligne, l’abord. Mais l’aveuglement n’est-il pas plutôt celui de la créatrice ?

C’est en effet le corps et l’énergie concentrés de l’artiste qui s’y développent dans une grande économie du geste. Dans Mangez ! Ceci est mon corps! (2015), installation participative en pâte d’amande à déguster, ce n’est ni la pâte, ni le corps, mais le geste créateur de l’artiste que l’on consomme, et qui impose sa présence à travers la répétition mécanique de formes aléatoires. Le corps s’identifie au geste. Le spectateur en fait une expérience tactile, gustative, corporelle. Aveugle aussi car fait à l’aveugle. Certaines de ces œuvres sont issues d’une création automatique ou répétitive. D’autres créent du contour. Dans ces Grands vases (2015) construits autour de son corps et ayant pour but de le recevoir, la sculpture est aveugle, tout comme Derrida l’entend pour le dessin : la main procède dans le noir, le geste en progrès dessine l’espace qui le contient, trait différentiel qui crée de la visibilité et crée du discours.

Sculptures d’aveugles, plus que pour aveugles, c’est à l’inverse par la médiation de mes yeux que mon esprit divague et s’apaise dans les courbes et les formes de ces sculptures. C’est par l’œil que nous expérimentons le geste de l’artiste, sans avoir à toucher. Le trait différentiel des Grands Vases est rendu paradoxalement visible, étrangement matérialisé. Les osselets de pâtes d’amandes de Mangez ! Ceci est mon corps » s’enduisent de vernis. De l’éphémère à l’intemporel, ce n’est plus le geste, c’est la forme qui compte.
Les formes distordues que Cécilia Breuil présente sont celles de ces automatismes, celles de son esprit sans doute et celles de son corps aussi : l’un ne va pas sans l’autre. C’est dans leurs imperfections que nous nous perdons et que se crée notre parcours visuel et sensoriel. Alors, elles se pérennisent et se perçoivent enfin comme paysages.

 


https://www.facebook.com/breuilcecilia/?ref=hl

Favoris

Aucun favori